Hela Bahri
Fondatrice de Hé-là Parentalité
Consultante en parentalité consciente & Régulée.
Quand l’amour d’un parent se heurte à l’imprévisible.
Il y a des journées dont on se souvient dans les moindres détails.
Et d’autres dont il manque quelques secondes.
Le temps d’un battement de cils.
C’était la fin des vacances d’été.
Comme beaucoup de familles, nous voulions profiter de ces derniers jours avant la rentrée.
Nous avions prévu une journée à la plage.
Tout était prêt...
Nous avons quitté l’hôtel le cœur léger.
Je me souviens encore de cette route.
À droite, la mer scintillait sous le soleil.
À gauche, de magnifiques bâtisses historiques défilaient lentement.
La circulation était dense.
Les ralentissements se succédaient.
Les passages piétons aussi.
Nous avancions tranquillement.
Je me suis arrêtée pour laisser traverser un homme.
Il m’a regardée.
Il m’a souri.
Puis il m’a adressé un petit geste de la main pour me remercier.
Je lui ai répondu naturellement.
Et l’instant d’après…
Tout mon corps a été projeté vers l’avant.
Ma tête a basculé.
Puis…
Plus rien.
Le temps d’un battement de cils.
Une absence.
Lorsque j’ai rouvert les yeux…
Tout était confus.
Les cris de mon fils.
Des cris stridents que je n’oublierai jamais.
« Maman… Maman… »
Mon fils était bloqué à l’arrière de la voiture.
Son regard cherchait le mien.
Il tendait les bras vers moi sans pouvoir m’atteindre.
À cet instant, plus rien d’autre n’existait.
Seulement lui.
Je ne réalisais pas encore que nous venions d’avoir un accident.
Je suis sortie de la voiture sans même sentir mes jambes.
Mon corps était encore sonné.
Mon instinct, lui, avait déjà pris le relais.
Je me suis précipitée vers la portière arrière.
La peur au ventre.
Je voulais le sortir de cette voiture.
M’assurer qu’il allait bien.
Grâce à sa ceinture et à son siège adapté, il n’avait rien de grave.
Quel soulagement…
Je l’ai serré contre moi.
Très fort.
Comme si mes bras pouvaient encore le protéger de ce qui venait de se passer.
Ce n’est qu’à cet instant que j’ai commencé à regarder autour de moi.
Notre voiture n’était plus à l’endroit où je l’avais arrêtée.
Elle avait été projetée bien au-delà du passage piéton.
Une autre peur m’a traversée.
Le piéton.
Je me suis retournée, terrifiée à l’idée que notre voiture ait pu le percuter.
Je l’ai aperçu quelques mètres plus loin.
Debout.
Il interpellait le conducteur avec une colère que je pouvais comprendre.
J’ai senti mon cœur ralentir.
Peu à peu, je reprenais mes esprits.
Dans ma tête, tout bourdonnait encore.
Les sirènes ont fini par rompre le silence.
Les voix se mélangeaient.
Des policiers.
Des témoins.
Des soignants.
Je distinguais des silhouettes qui s’affairaient autour de nous.
Mon fils ne me quittait pas des yeux.
Il répétait seulement :
« Maman… ça va ? »
Quelques minutes plus tard, j’étais allongée dans une ambulance.
Une minerve immobilisait désormais mon cou.
Mon esprit, lui, était ailleurs.
Les examens confirmeraient rapidement que mon fils allait bien.
Moi aussi.
Du moins…
Physiquement.
Les circonstances de l’accident étaient établies.
Le conducteur reconnaissait sa responsabilité.
Tout le monde me répétait :
« Vous n’y êtes pour rien. »
Et c’était vrai.
J’étais arrêtée au passage piéton.
Je n’aurais rien pu faire pour éviter cette collision.
Alors pourquoi la culpabilité s’était-elle invitée malgré tout ?
Je m’en voulais.
D’avoir perdu connaissance.
Même le temps d’un battement de cils.
De ne pas avoir été près de mon fils lorsqu’il criait mon nom.
De ne pas avoir pu le rassurer.
Puis une autre question s’est installée.
Plus silencieuse.
Plus profonde.
Que s’était-il passé dans le cœur de mon fils pendant ces quelques secondes où il m’avait vue inconsciente ?
Je ne me souviens de rien.
Mon cerveau a effacé ces quelques secondes.
Lui, en revanche, les a vécues.
Entièrement.
À sept ans…
Qu’a-t-il vu ?
Qu’a-t-il imaginé ?
A-t-il cru que je ne me réveillerais jamais ?
S’est-il senti seul ?
A-t-il eu peur de me perdre ?
Je ne connaîtrai probablement jamais les réponses.
Et c’est peut-être cela qui m’a le plus bouleversée.
….Le cerveau d’un enfant enregistre parfois bien plus qu’il n’est capable de mettre en mots.
Ce jour-là, mon fils ne pouvait pas raconter ce qui s’était passé en lui.
Il disait seulement :
« Le monsieur est fou. »
Avec ses mots d’enfant, il cherchait simplement à donner du sens à ce qu’il venait de vivre.
Petit à petit, une évidence s’est imposée à moi.
La culpabilité ne suivait pas les faits.
Elle suivait l’amour que je porte à mon enfant.
J’avais beau savoir que je n’étais responsable de rien, une partie de moi continuait à croire que j’aurais dû réussir à le protéger davantage.
Comme si être mère signifiait pouvoir empêcher l’imprévisible.
Pendant longtemps, j’ai cru que protéger mon enfant signifiait pouvoir lui éviter le pire.
Et pourtant…
Il existe des événements qui nous échappent.
La parentalité consciente ne consiste pas à vivre dans l’illusion que nous pouvons tout maîtriser.
Elle nous invite aussi à reconnaître nos limites, sans laisser la culpabilité définir la valeur du parent que nous sommes.
Il n’a fallu que le temps d’un battement de cils pour que tout bascule.
Il m’a fallu bien plus longtemps pour comprendre qu’une mère peut tout faire avec amour…
…et ne pas pouvoir empêcher l’imprévisible.
Lorsque je repense à cette journée, je ne revois plus d’abord la voiture.
Je revois un petit garçon de sept ans qui appelait sa maman.
Et je me revois courir vers lui.
Ce jour-là, je n’ai pas pu empêcher l’accident.
Mais j’ai pu être là, dès que j’ai rouvert les yeux.
Le prendre dans mes bras.
Le rassurer.
L’aimer.
Et peut-être qu’au fond…
c’est cela que mon fils retiendra.
Non pas que sa maman était capable de le protéger de tout.
Mais que, quoi qu’il arrive, je reviendrai toujours vers lui.
Blog Hé-là Parentalité
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